Merveilleux flocon

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Merveilleux flocon
Ce jour-là, la neige était tombée de façon inattendue sur la ville. Pris au dépourvu, les gens s'étaient mis à courir pour rentrer chez eux à l'exception de quelques-uns qui regardaient, ébahis, le voile blanc tomber sur eux. Quant à moi, j'étais partie faire les courses à quelques centaines de mètres de chez moi. A la sortie du magasin, je décidai de me hâter, le panier chargé dans les bras. Ce fut entre la rue principale et mon immeuble que je fus attaquée. Quelque chose m'atteignit à l'épaule. Tout d'abord, je crus avoir été piquée par une abeille ou une tout autre bête mais quand je tournai la tête, je vis qu'il s'agissait d'un énorme flocon dont les aiguilles bleues transparentes s'étaient sauvagement plantées dans mon épaule gauche. Posant le panier sur le trottoir, j'examinai plus attentivement l'étoile complexe du flocon qui était tout sauf banal. Il avait une taille anormale : la hauteur de mon pouce et la largeur de mon épaule. Cela m'impressionna fortement. Je sortis alors un miroir de mon sac pour mieux détailler l'étrange flocon. Il était constitué d'un ensemble de plaquettes hexagonales, d'aiguilles et de cristaux à six pointes dont deux d'entre elles s'étaient enfoncées dans ma chair. La lumière du soleil qui perçait entre les nuages blancs se reflétait dans ces fines lames et renvoyait leur image dans le miroir. Je n'étais pas seulement surprise, je doutais également qu'un tel flocon puisse exister dans notre monde. Sa beauté m'éblouissait et son étrangeté me faisait peur. Comme si le flocon avait pu m'hypnotiser, je me sentis soudain lasse. Mon corps semblait s'endormir progressivement. Je ne sentais déjà plus mes épaules et je me demandais si la piqûre du flocon n'était pas anesthésiante. Je tentai de le saisir de la main droite et de l'arracher vivement mais celui-ci se disloqua aussitôt pour disparaître en une poussière de neige mêlée d'eau. Au même moment, je sentis mes forces me quitter et je tombai sur le trottoir, toujours consciente. Il n'y avait personne dans la rue et je n'arrivai pas à émettre un son sinon j'aurais appelé au secours. Je restai donc allongée, seule, de plus en plus engourdie par le froid ou la piqûre du flocon, je ne savais pas très bien. Ma vue se brouillait car je me voyais de plus en plus transparente ; en réalité, je me transformais progressivement : mes jambes ressemblaient maintenant à des colonnes transparentes puis à de longues aiguilles fines, mon corps prenait l'aspect d'un hexagone blanc laiteux, mes bras et ma tête se cristallisaient. Enfin, je rétrécis puis m'envolai, poussée par le vent.
Louisia K.
Comme un simple flocon, je dérivai dans les airs, bercé dans un sens puis dans l'autre. Je vis en contrebas mon panier abandonné sur le trottoir. La vue était belle d'ici.
Louisia K.

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