Suppression(s)

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Suppression(s)
La porte ne grinça pas, elle s’entrebâilla doucement pour laisser passer un homme et se refermer aussitôt. L’individu qui venait de s’introduire dans la pièce était grand et menu, il portait des gants noirs et tenait un document dans la main gauche. Il s’était arrêté sur le seuil et tendait l’oreille comme pour vérifier qu’on ne l’avait pas suivi ; n’entendant aucun bruit, il reporta son attention sur l’intérieur de la pièce. Il s’agissait d’une salle informatique ; des dizaines d’ordinateurs étaient posés sur des bureaux rectangulaires, des imprimantes et des photocopieuses étaient placées aux quatre coins et de multiples armoires certainement fermées à clés étaient collées aux murs. L’homme se dirigea vers une machine mise en veille et assez éloignée des fenêtres. Il s’assit avec précaution sur le fauteuil en cuir et bougea la souris pour afficher la fenêtre d’identification de l’ordinateur. Il regarda la feuille qu’il tenait et reporta l’identifiant et le mot de passe dans les zones de texte prévues à cet effet. Il fut soulagé lorsqu’il vit que les informations étaient correctes et qu’il accédait à la base de données du Centre. Quelques minutes lui suffirent pour trouver les listes de noms ; il les fit défiler tout en gardant un œil sur la porte d’entrée et tomba enfin sur le nom qu’il cherchait : le sien. Il supprima aussitôt la ligne et l’ensemble des enregistrements qui le reliaient à divers endroits de la base puis se déconnecta. La page d’accueil du Centre s’afficha en fond d’écran. On pouvait y lire « Centre de gestion de la surpopulation humaine » et y voir un logo constitué de la Terre et de l’arbre vert des écologistes. L’homme ne s’attarda pas devant cette page, le prochain transport de citoyens vers la lune se fera sans lui. Le Centre disait qu’il y avait de nombreux lieux de vie spécialement construits pour eux là-bas et que la vie y était similaire à celle de la Terre mais personne ne savait réellement ce qui s’y passait puisque personne n'en était jamais revenu. L’homme quitta le poste de travail et se dirigea à pas feutrés vers l’entrée de la salle, il poussa la porte et scruta le couloir avant de s’y engager. Calme et rassuré, il s’en retourna chez lui sauf que cette fois-ci il ne s’en sortirait pas aussi facilement puisqu’il n’avait pas remarqué que les modifications étaient soumises à une validation. L’informaticien qui vint le lendemain à son bureau n’accepta pas les changements et le nom de l’homme réapparut sur la liste. Il valida ensuite l’ensemble et envoya d’un simple clic une cinquantaine de milliers de personnes à l’asphyxie lunaire.
Louisia K.

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